Sandra Plantiveau

Née en 1983 à Nantes
Vit et travaille à Bruxelles



(...) Medium de prédilection de l’artiste, le dessin, entendu sous toutes ses acceptions formelles, apparaît ici comme une matière vivante, en devenir, entre document et œuvre, recherche et résultat. Ce statut intermédiaire reflète l’importance du processus, et a fortiori du temps, dans le travail de Sandra Plantiveau, ce que vient appuyer l’utilisation d’une pointe 0,01. Ce temps est d’abord celui de l’observation du réel, reporté dans l’espace mental de l’artiste, puis dans ce qui constitue ici son extension matérielle: l’espace physique de la feuille de papier et, plus vastement, l’espace de monstration.
Maintenant une tension constante entre apparition et disparition, réel et imaginaire, figuration et abstraction, les œuvres de Sandra Plantiveau constituent autant de traces de lieux dont elle s’attache à prélever, puis à restituer, le tracé sinon l’écriture. Isolés de leur contexte d’origine, les paysages, architectures et autres objets dont elle donne à voir les empreintes révèlent en même temps qu’ils cachent, disent en même temps qu’ils taisent, au sein d’une scénographie préférant le vide et le silence – et leurs possibles «remplissages» – à l’encombrement et au bavardage.
L’enregistrement – visuel, photographique et sonore – se trouve être la base même du travail de Sandra Plantiveau qui, en imprimant sa mémoire d’images-souvenirs, en cadrant à l’aveugle dans l’obscurité ou en captant le silence nocturne du lieu d’exposition qui en accueillera par la suite la ligne graphique sur un rouleau de papier, se livre à une représentation en creux du réel. Une expérience sensible, et sensorielle, qui intègre l’irruption aléatoire – de la lumière, du bruit, de l’oubli…
À l’instar de la nature et de la pensée, qu’il tend ici à incarner, le dessin constitue une matière vivante, évolutive. Processus naturel – formation, sédimentation, érosion – et processus intellectuel – réflexion, mémoire, oubli – sont ainsi placés sur un même plan. La perception – du réel et de sa représentation – dont font respectivement l’expérience dans un tel contexte de création, l’artiste, puis le «spectateur», met en exergue l’attribut et exercice essentiel qu’incarne le regard, à la fois comme outil d’observation et d’interprétation. Il est un filtre, à travers le passage duquel s’opère une inéluctable transformation, plus ou moins prévisible, entre ce qui est montré et ce qui est vu, ce qui est écrit et ce qui est lu. Le regard, qui brille ici de son invisible présence, réinscrit au cœur de l’œuvre de Sandra Plantiveau ce dont elle fait volontairement l’omission : l’homme et sa raison.

Anne-Lou Vicente, commissaire d'exposition, critique d'art
et cofondatrice de la revue d’art contemporain sur le son Volume

Texte extrait du catalogue d'exposition Première , Abbaye St- Andrée, CAC Meymac , 2009.


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